Ouest-Paléo
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Vertébrés crétacés

Le Turonien charentais

Le Turonien est un étage géologique du Crétacé supérieur, il est situé après le Cénomanien et avant le Coniacien. Il est daté entre -93,9 millions d’années (± 0,3 millions d’années) et -89,8 millions d’années (± 0,3 millions d’années).

Le stratotype a été défini à Tours (Indre-et-Loire) en 1842, tandis que le Point Stratotypique Mondial (ou Global Boundary Stratotype Section and Point, ou Clou d’or) a lui été défini à Pueblo dans le Colorado (Etats-Unis).

 

La base du Turonien correspond à la première occurrence de l’ammonite Watinoceras devonense.

Son sommet quand à lui correspond à l’apparition de l’inocérame Cremnoceramus rotundatus.

 

 

Le Turonien a été subdivisé en 3 parties :

- le Turonien inférieur, qui est aussi appelé Ligérien, dure approximativement 0,85 millions d’années, on se trouve alors dans la phase maximale de la transgression.

- Le Turonien moyen, ou Angoumien inférieur, commence à la première occurence de Cremnoceramus woollgari et dure environ 1,69 millions d'années. C'est le début de la régression marine, dans le même temps on assiste à une phase de recrudescence tectonique.

- et le Turonien supérieur, connu aussi comme l'Angoumien supérieur, dont la base est définie par l'apparition de l'inocérame Inocéramus perplexus dans les zones boréales et le bassin Anglo-Parisien, et pour l'Amérique du Nord par la première occurence de l'ammonite Scaphites whitfieldi. Pour l'échelle stratigrapique internationale, c'est la première apparition de l'ammonite Prionocyclus macombi qui a été choisie.

Pendant l'Angoumien supérieur, la poursuite du soulèvement tectonique va aboutir à l'émersion d'une partie de la plate-forme carbonatée. En Charente-Maritime, le contact Turonien supérieur-Coniacien inférieur porte les traces de ce retrait marin, net mais de "courte durée": surfaces durcies et rubéifiées, discordances, stratifications obliques et entrecroisées, bioturbations...

 

Le Turonien est donc une période qui voit le niveau des océans, très élevé à ses débuts, baisser rapidement. C’est aussi une période où le climat est dans une phase très chaude, subtropicale.

Ce climat, allié à la régression marine en cours, sera très favorable au développement des bioconstructions à rudistes charentais. Ces rudistes vont former d’immenses colonies, très denses, sur des surfaces géographiques étendues. Ce sont ces colonies, fossilisées sous forme de calcaires très durs parcourus de coquilles épaisses, qui constitueront un matériau de construction typique de la région d’Angoulême, le faciès angoumien.

 

 

En France le Turonien a un faciès varié suivant les régions :

- en Touraine, on retrouve un faciès lithologique détritique constitué à la base de sables, puis devenant peu à peu marneux pour finir sous forme de craie détritique, le tuffeau de Touraine,

-dans le Bassin Aquitain, on a un faciès constitué de bas en haut d’une craie marneuse avec Inoceramus labiatus, et d'un calcaire à rudistes où apparaissent les premiers hippurites,

-dans le Bassin Parisien ,il se présente sous forme de craie marneuse,

-dans le Bassin Vocontion, e faciès est vaseux et semblable au Cénomanien.

 

 

Le Stratotype.

Le Turonien a été défini par le paléontologue Alcide d’Orbigny en 1842 en référence à la ville de Tours (Turones) ou de la Touraine (Turonia).

“Il en résulte que les noms de craie chloritée, de glauconie crayeuse, de craie tufau, de grès verts, ne peuvent être appliqués partout sans amener de la confusion et sans induire en erreur le géologue qui ne pourra embrasser toute l'étendue de la France. Pour obvier à cet inconvénient, je propose de désigner à l'avenir l'étage qui m'occupe sous le nom de terrain TURONIEN, de la ville de Tours (Turones), ou de la Touraine (Turonia), situées sur ces terrains.“ Paléontologie française : description zoologique et géologique de tous les animaux mollusques et rayonnés fossiles de France. Terrains crétacés, tome second, p.404.

Le Turonien dans les Charentes.

 

Turonien inférieur.

Le Turonien inférieur, ou Ligérien, est présent en Charentes sous deux formes différentes.

La base du Ligérien est composée d’argiles et de marnes gris-vert, que l’on peut observer au sommet des falaises de Port-des-Barques (le meilleur affleurement pour cette partie du Turonien), ou au sommet des collines de La Vallée et de Grand-Jean.

Ces couches ne présentent que de rares fossiles à leur base, on y retrouve le requin Squalicorax coquandi, et cette pauvreté en fossiles et leur aspect semblable au Cénomanien ne permettent pas de délimiter  franchement la limite avec le Cénomanien.

Par contre au sommet de ces couches grisâtres on peut observer quelques fossiles, notamment  de grandes huitres Rhynchostreon suborbiculatum gigas et le brachiopode Terebratella carentonensis.

 

Ces dépôts argileux s’enrichissent progressivement en carbonates et leur aspect évolue, passant à des calcaires blanchâtres voire crayeux, et la présence de fossiles devenant plus importante.

On y retrouve donc une faune abondante et diversifiée, avec notamment :

- des gastéropodes, Pleurotomaria gallienni,

- des ammonites, Mammites nodosoides,

- des bivalves, Rhynchostreon suborbiculatum gigas, Inoceramus labiatus, Trigonia scabra, Cucullaea tailleburgensis, Inoceramus labiatus,

- des requins, Squalicorax coquandi,

- des échinodermes, Mecaster verneuili, Periaster undulatus., Micraster michelini, Metopaster medius,  Pycinaster humilis.

 

Turonien moyen.

Dans les Charentes il forme, avec le Turonien supérieur, l’Angoumien, en référence à son développement remarquable dans le sous-sol et la topographie de la région d’Angoulême. Il s’agit essentiellement de calcaires durs, blancs ou ocres, exploités en carrière pour la pierre de construction.

Le Turonien moyen, ou Angoumien inférieur, est constitué en Charente-Maritime de calcaires graveleux durs à rudistes puis de calcaires crayeux tendres à silex.

 

Les calcaires à rudistes, dits “calcaires bioclastiques de Garreau“, sont exploités dans de nombreuses exploitations en Saintonge, à Civrac, St-Agnant et Soubise.

 

Les calcaires tendres, dits “calcaires crayeux de St Vaize“, ont eux aussi été largement exploités dans différents sites et plus particulièrement dans les carrières de Crazannes. Plus à l’est on retrouve des sites enrichis en silex rubannés, notamment vers Taillebourg, alors qu’en allant vers l’ouest on assiste à une disparition des silex et à un passage à des faciès plus marneux, verdâtres ou jaunâtres, exploités dans les secteurs de Trizay et de Ste-Radegonde. Alors que les calcaires à rudistes étaient issus d’eaux claires et agitées, les faciès marneux sont eux issus de milieux beaucoup plus calmes, vaseux et profonds. Les vasières marines étaient le milieu de vie de d’une importante quantité d’oursins fouisseurs, que l’on retrouve en abondance dans les carrières exploitant ces niveaux.

Ces milieux ont donc livré :

- des oursins, Linthia verneuillei, Micraster leskei, Leymeriaster leymeriei,

- des bivalves, Neithea aequicostata, Entolium orbiculare,

- des requins, Ptychodus latissimus,

- des gastéropodes, Natica subbulbiformis, Tylostoma globulosum, Turitella uchauxiana,

- des brachiopodes, Cyclothyris, Terebratulina striatula.

 

Turonien supérieur.

Le Turonien supérieur, ou Angoumien supérieur, peut atteindre une forte épaisseur en Charente-Maritime, jusqu’à 25 mètres. Il est constitué de calcaires graveleux à rudistes, appelés “calcaires de St-Agnant“, calcaires qui sont les plus exploités pour la pierre de construction.

Ces calcaires, localement recristallisés et perforés de vacuoles dues à la dissolution de fossiles, contiennent une faune de rudistes tels que Biradiolites lumbricalis, Radiolites radiosus, Durania cornupastoris ou encore Praeradiolites ponsi. Les derniers faciès à rudistes verront l’arrivée de l’espèce Hippurites et constituent un faciès autrefois nommé Provencien, en référence à son important développement en Provence.

Outre cette faune de rudistes, on retrouve d’autres fossiles :

- des coraux, Cyclolites numismalis,

- des gastéropodes, Acteonella.

 

 

Les récifs à rudistes, associés aux stratifications obliques des couches, témoignent d’un milieu de haut-fond soumis à des eaux agitées et mis en place lors d’un soulèvement tectonique régional.

Dans le paysage charentais actuel, le Turonien supérieur constitue la base ou la totalité des cuestas, à proximité des berges actuelles ou ancienne de la Charente (St-Savinien, Châteauneuf…) et de ses affluents (le Bruant à St-Porchaire ou l’Arnoult à Pont-l’Abbé-d’Arnoult). Ces cuestas ont marqués le paysage charentais, d’une part de part leur relief, et d’autre part par les nombreuses carrières souterraines dont les entrées criblent les falaises, comme aux alentours de St-Même-les-Carrières ou à St-Savinien.

 

 

 

Références bibliographiques.

- Coquand H. 1862. Description physique, géologique, paléontologique et minéralogique du département de la Charente, tome 2.

- Coquand H. 1858. Mémoire sur la formation crétacée du département de la Charente.

-Gabilly J., Cariou E. et alii, 2007. Guide géologique  - Poitou, Vendée, Charentes.

- d’Orbigny A., 1842-1843. Paléontologie française : description zoologique et géologique de tous les animaux mollusques et rayonnés fossiles de France, tome 2 : Gastéropodes.

- d’Orbigny A., 1850. Prodrome de paléontologie stratigraphique universelle des animaux mollusques et rayonnés fossiles.

- d’Orbigny A., 1852. Cours élémentaire de paléontologie et de géologie stratigraphiques.

- Néraudeau D., Mazan et Vullo R., 2013. Fossiles de la préhistoire charentaise.

- Vullo R. & Arnaud E., 2009. Présence de Ptychodus latissimus Agassiz, 1843 (Elasmobranchii, hybodontiformes) dans le Crétacé supérieur des Charentes.

 

 

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